Ca se bouscule au guichet. En moins de 24 heures, notre Christine vole la vedette à Laurence. Non, ce n’est pas à cause de sa médaille de bronze de natation synchronisée aux championnats de France 1971 (ça ne s’invente pas, c’est dans sa bio ici), mais par son lancement d’un nouveau dispositif de soutien aux PME : le CAP Complément d’Assurance crédit Public.
L’assurance crédit assure 1/4 des entreprises en France. Celles-ci veulent couvrir leur risque d’impayés de leurs factures, suite à une faillite par exemple de leurs clients. Depuis plusieurs mois, les assurances-crédits assurent de moins en moins et de plus en plus cher. A cause de l’augmentation importante des risques de faillites, les primes sont réévaluées unilatéralement et très fortement (exemples vécus récents de 10 à 40%). Les franchises minimum en cas de sinistre flambent (exemple récent à 750 € par sinistre pour des factures moyennes de 1.000 €, le truc bête). Des clients jettent l’éponge, décident d’abandonner ces couvertures et de gérer seuls le risque ou en faisant du renseignement commercial - moins coûteux - avant de vendre et de livrer.
Ce nouveau CAP, Complément d’Assurance-crédit Public, est un mécanisme d’assurance-crédit permet de limiter l’impact des réductions de limites et des restrictions de couvertures. Le CAP sera commercialisé par les assureurs-crédit et pris en charge à 100% par l’Etat (en l’occurrence, la Caisse Centrale de Réassurance).
Vous achèterez donc une assurance crédit à votre assureur crédit, à votre courtier d’assurance-crédit, pour couvrir un risque faible sur vos clients en bonne santé. Il vous vendra un CAP pour garantir les impayés de vos mauvais clients, “vos risques toxiques”. Le CAP sera plus cher que l’assurance crédit standard.
On peut imaginer que les factors ou compagnie d’affacturage réclament rapidement leur part de CAP, car ils vendent souvent une assurance-crédit, packagée avec du financement de créances et du recouvrement. En l’occurrence, cette assurance-crédit revendue par les factors pose souvent un problème. Un rejet d’assurance-crédit sur un client entraine, sauf négociation par vos serviteurs (c’est ici), une absence de financement, alors que vous avez vendu la facture au factor et vous lui avez payé une commission d’affacturage.
Enfin, René sera encore de la fête sur le CAP : “Pour améliorer le fonctionnement de l’assurance-crédit, l’Etat a également fait appel au médiateur du crédit, René Ricol, qui instruira les dossiers les plus difficiles que lui soumettront des entreprises en mal de garanties.”
Voila un mois que René tient la vedette. Il est de toutes les pages Eco de la presse magazine. Son T-shirt vient d’apparaitre sur des sites de jeuns. Pas de retour statistique encore, mais c’est inquiétant, François vient de déclarer que le médiateur “a pu résoudre 80% des cas qui lui ont été soumis” (sic). S’agit-il d’une solution de classement vertical ? et déjà la fin du feuilleton ?
Toujours est-il que Laurence a fait une petite jalousie et a voulu se relancer. Elle vient de lancer ce matin avec l’assureur-crédit Cofaceune structure de médiation destinée aux PME faisant état de difficultés en matière d’assurance-crédit. Concrètement, “en cas de difficultés, d’incompréhensions ou de contestations, l’entreprise peut s’adresser à une cellule locale du Medef de soutien aux PME, qui contacte le référent local de la Coface “afin que l’assureur-crédit puisse réexaminer le dossier pour éventuellement corriger ou motiver sa décision”.
L’idée est généreuse car le prix des polices d’assurance-crédit s’envolent depuis quelques semaines. Les courtiers ont le sale travail d’aller faire signer de fumeux avenants à leurs clients, avec des progessions à 2 chiffres, pour cause de sinistralité explosive. Et les prospects qui ne sont pas encore équipés ne se précipitent pas chez leurs courtiers.
Pendant ce temps-là, on sent fleurir des vocations soudaines de médiations. Dépéchez-vous : les noms de domaine mediateurdelaffacturage.fr, mediateurdesagios.com sont encore disponibles … Dans le cas présent, les gentils organisateurs pourraient être injustement soupçonnés d’être intéressés à la démarche : le MEDEF est une des organisations patronales, on dira en devenir auprès des PME si on la compare aux autres, et la Coface est une entreprise commerciale, un des acteurs du marché de l’assurance-crédit. Y-a-t-il soupçon déplacé de siphonnage de clientèle sous couvert de médiation ? Ou s’agit-il bien d’une initiative d’intêret public comme on aimerait en voir plus souvent (sic) ?
L’Euribor en zone Euro, comme le Libor, sont des indicateurs de confiance sur le marché interbancaire. Ils sont les taux de référence des crédits de trésorerie court terme, des contrats d’affacturage, des crédits moyens terme des entreprises, des placements …soit des milliards de dollars de crédits à taux variable et de plus de 340 trilliards* de dollars de dérivés.
Le graphique ICI l’indique. Après un pic à 5.39 % au 9 octobre 2008, l’Euribor perd 22% à 4.19% aujourd’hui, en moins de 2 semaines. Nous voilà revenus à des taux que nous connaissions en juillet 2007. C’est le signe que les banques consentent à se prêter entre elles à des conditions plus favorables. Une “détente” des taux interbancaires, selon les stratégistes.
A suivre … car le Libor remonte depuis 3 jours. Et en zone euro, la BCE s’apprête à encore lâcher du lest.* 10 puissance 21, soit 1 000 000 000 000 000 000 000 dollars pour être précis …
Ca y est : le site du Médiateur du Crédit vient d’ouvrir boutique.Premier constat, - même pas cynique - , c’est une performance pour les autorités d’avoir “pondu” un site officiel en moins de 15 jours. Force est de constater qu’il y a peu de sites web de cette nature lancés aussi rapidement. Même les sites évènements sont préparés plusieurs mois à l’avance.
Pour l’anecdote, les chevilles ouvrières semblent être l’agence web privée, fournisseur habituel d’Oséo. Bref, c’est un bel outil de communication gouvernemental, avec le message de bienvenue et la photo de René, tous les communiqués de presse en pdf et la bonne parole de Nicolas, Christine et Hervé.
Alors, comment ça marche ?
Convoquez votre comptable et votre assistante. Rassembler vos classeurs BANQUES et vos 3 dernières liasses fiscales. Fermez le store de votre bureau vitré et lancer le formulaire idoine ICIIl vous faudra une bonne demi-heure pour saisir les informations demandées, dont une grande partie sont des noms, des adresses, des emails et des téléphones, l’annuaire de vos contacts bancaires.
Au cas où vous seriez un inculte personnage ou un dirigeant en plein délire, il est obligatoire de fournir le nom et les coordonnées d’un tiers de confiance, type Commissaire aux comptes, Expert comptables …. Histoire de vérifier. Notez que vous avez le droit de déclarer des soucis avec 3 banques maximum, un factor et un assureur-crédit. Pas plus, il ne faut pas exagérer. Moralité, vous êtes forcément une TPE ou une PME faiblement multibancarisée.
Donc, vous exposerez vos problèmes avec votre banque à problème. Les informations de nature comptable et financière réclamées sont assez modestes, si on compare avec un dossier de demande de financement ou de ubvention par exemple. Mais on imagine l’allure de la fiche de synthèse qui sera généré en back office à la validation de votre formulaire. Vous serez déclaré dossier fantaisiste ou sérieux à examiner.
Vous disposez de zones de commentaires libres assez vastes pour …- et c’est fait pour cela - lâcher votre venin. On ne sait pas si toutes ces informations atteriront sur le bureau de votre directeur de centre d’affaires de votre banque, mais les prochaines rencontres risquent d’être un peu froides si c’est le cas, délateurs !
Enfin, quand vous appuyez sur VALIDER, voila votre demande envoyée. Un message apparaît « Oui, c’est René qui vous parle …. » Non, sérieusement, il vous indiqué « Soyez assurés que nous allons faire notre possible pour vous aider à surmonter les difficultés signalées ».
Vous avez l’air déçu, par cette conclusion abrupte et impersonnelle ?
Deux solutions : vous appelez le numéro azur pour vous assurez qu’il y a bien des gens derrière qui ont reçu votre demande.
Ou plus sereinement vous relisez les étapes de la médiation ICI. Vous apprenez que votre banque va recevoir un rappel à l’ordre et une demande d’explication par e-mail. Et que si cela ne suffit pas, votre dossier sera examiné le temps qu’il faut par un médiateur départemental. A suivre …
Alors, c’est René Le Médiateur qui dépouille ces formulaires ?
Non, le site fournit plus de précisions. Le Médiateur du Crédit ne travaille pas seul avec les 10 adjoints nommés récemment par Christine. Il est assisté de :
4 médiateurs délégués
102 médiateurs départementaux qui sont les directeurs départementaux de la Banque de France. Dans chaque département, les directeurs de la Banque de France en leur qualité de Médiateurs départementaux et les Trésoriers Payeurs Généraux, constituent un binôme opérationnel. Ils sont membres de la cellule départementale de suivi mise en place dans chaque département dans le cadre du plan de soutien à l’activité et aux PME et présidée par le préfet.
Des critiques ?
Oui, évidemment. On pourrait en sourire parfois. Des doutes majeurs subsistent toujours sur l’intérêt du dispositif. Il ne faut être devin pour imaginer qu’il risque dans un premier temps d’être débordé par l’arrivée de milliers de demandes, principalement de TPE. Puis, si le service n’est pas à la hauteur, de tomber aux oubliettes. N’est-ce pas sa vocation secrête ?
Dans le détail,
Ces demandes de médiation seront-elles traitées jusqu’au bout ?
Les entreprises recevront-elles autre chose qu’un email de soutien dans les 5 jours ?
Comment le chargé de clientèle de la Banque va-t-il gérer ces remontées de bretelles ?
Comment peut-on prétendre que 10 personnes chez le Médiateur ou même 100 personnes déjà fortes occupées pourront sérieusement évaluer les vrais problèmes ?
Comment feront-ils le tri des entreprises qui n’étaient pas déjà finançables l’année dernière, de celles qui subissent de véritables restrictions de financement parce qu’elles évoluent par exemple dans un secteur à forte défaillance ?
Comment ce dispositif peut-il remplacer les centaines de comité de crédit qui statuent toutes les semaines sur des demandes de financements ?
Est-ce un contre-pouvoir sérieux ou un brillant dispositif à usage cosmétique, un défouloir des patrons de PME, qui ont en travers de la gorge le plan de sauvetage des banques (garanties et injections de quasi fonds propres) alors que leurs banquiers leur serrent la vis du crédit court terme surtout ?
Enfin, imaginons un instant et ce serait là, l’évènement du dispositif, que dans quelques jours apparaisse sur ce site un tableau de bord, avec des indicateurs comme le nombre de visiteurs, la typologie des entreprises, le nombre de demandes de médiation … et allons-y …. un palmarès des banques citées par les demandeurs par type de problème de financement, palmarès pondéré de leur part de marché respective dans le tissu des PME. Cela aurait de l’allure. Nous n’en sommes pas encore là. A suivre donc …
PS : Avis aux informateurs. On cherche toujours à savoir où habite le Médiateur. La rumeur parle d’un bureau pas très loin de Bercy (Ministère des Finances) mais rien n’est confirmé.
Comme nous, vous avez cherché l’adresse du médiateur du crédit, sur google et en passant des coups de fils à votre CCI ou à votre organisation professionnelle. Et vous n’avez rien trouvé. Vous avez lu que 300 dossiers ont déjà soumis au médiateur. Et vous vous dites que certains ont des parrains efficaces qui connaissent les arcanes du pouvoir ou que vous êtes un piètre internaute.
Grande nouvelle ce matin, les chefs d’entreprise ne parvenant pas à se financer auprès des banques pourront bientôt s’identifier sur un site Internet, baptisé http://www.mediateurducredit.fr à partir de la mi-novembre. Le site était ce matin renvoyé vers le site d’Oséo, et est “… en construction” désormais. Les Echos nous indiquait ce matin que les entreprises pourront donc y saisir le médiateur en complétant un dossier où elles qualifieront leurs difficultés (trésorerie, financement…).Cette procédure déclenchera une information immédiate des banques concernées, qui auront alors trois jours pour motiver leur position et éventuellement trouver un accord avec l’entreprise.
Ca promet d’être le méga embouteillage. Les 10 adjoints de René suffiront-ils ? On suit l’affaire …
Le JDD nous rapportait quelques bonnes pages du rapport de synthèse sur l’audit de la Cour des Comptes réalisées à l’Assemblée Nationale.
La Cour constate « de curieuses pratiques bancaires: l’Assemblée utiliserait une dizaine de comptes bancaires, gérés de manière totalement cloisonnée. En outre, l’insuffisance de méthode” dans la politique des placements -d’une cagnotte évaluée à 302 millions d’euros en 2007- aurait occasionné un manque à gagner de 1,8 million d’euros depuis 2001».
Etrange. Quatre questions pour les curieux comme nous :
Pourquoi la Direction de la Trésorerie n’a-t-elle pas mis en place de cash-pooling ou de système de gestion de trésorerie centralisée, diminuant ainsi les agios et/ou augmentant les produits financiers ?
Quels sont précisément les placements choisis parmi les Sicav monétaires et FCP, selon le bilan de l’Assemblée ? Y-a-t’il eu des produits dynamiques ?
Dans le Compte de Résultat, où figure le poste Services Bancaires ?
Et qui sont les heureux établissements qui gèrent ces comptes bancaires, de plus 500 millions d’euros de flux annuels ?